Esclaves de Fort-de-France

Les Ibos de l'Amélie
Sommaire
L'histoire
A partir de l'ouvrage de Françoise Thésée, Les Ibos de l'Amélie : Destinée d'une cargaison de traite clandestine à la Martinique (1822-1838), il a été possible de retracer l'histoire de plusieurs captifs africains affranchis à Fort-Royal en 1838.
Le contexte historique
Au début du XIXe siècle, les puissances européennes abolissent progressivement la traite négrière transatlantique. La France l'interdit une première fois en 1794, puis de manière définitive en 1815, sous la pression britannique. L'esclavage est toutefois maintenu.
En raison de la forte demande de main-d'œuvre dans les colonies, notamment pour les plantations de sucre, une traite illégale persiste.
Une surveillance maritime se met en place : les patrouilles se concentrent sur les côtes africaines ainsi que sur les routes maritimes entre l’Afrique et les colonies françaises.
Le statut juridique des captifs africains trouvés à bord des navires négriers interceptés devient alors un problème moral, politique et juridique majeur : ils ne peuvent plus être légalement réduits en esclavage mais ne sont pas pour autant considérés comme libres.
En théorie, plusieurs traités internationaux demandent leur libération immédiate ; en pratique, ils sont la plupart du temps placés dans des établissements publics, en apprentissage ou en travail surveillé, dans des conditions proches de l’esclavage.
C'est dans ce contexte que se déroule l’histoire des Ibos de l’Amélie.
Le voyage de l'Amélie
La goélette L'Amélie quitte Saint-Pierre le 21 juillet 1821 à destination de l'Afrique. Après plusieurs escales, elle fait halte à Bonny, à l'embouchure du Niger, où 245 captifs africains sont embarqués clandestinement.
Début février 1822, L'Amélie tente d'aborder la Martinique par le nord et deux bateaux de la douane l'en empêchent.
La goélette met alors le cap sur Santiago de Cuba, avant d'être de nouveau repérée près d'Haïti. Elle est poursuivie, canonnée, puis capturée en deux temps, d'abord par le bateau corsaire L'Amour de la Patrie, ensuite par la corvette du Roi, La Sapho.
Son capitaine prend possession de l'Amélie et du corsaire. Il dresse le 8 février 1822 un procès-verbal de la capture, qui mentionne la présence à bord de 227 Africains.
Les 3 bateaux reprennent la mer en direction de la Martinique le lendemain sous le commandement de La Sapho. Cependant, dès le 12 février, L'Amélie prend l'eau et il est décidé de la couler.
À court de vivres et d'eau, L'Amour de la Patrie et La Sapho se ravitaillent à Porto-Rico le 27 février et repartent le 5 mars vers la Martinique, sans le capitaine de L'Amélie qui s'est enfui avec 10 captifs, profitant de l'indulgence du capitaine de La Sapho.
L'arrivée et l'installation en Martinique
Au terme d'un voyage en mer de plusieurs semaines, 212 Africains débarquent en Martinique le 12 mars 1822 et sont inventoriés à la demande du ministère de la Marine.
Le groupe se compose de 116 hommes et 96 femmes, dont 36 % ont moins de 15 ans.
Ils sont tous déclarés originaires d'une même région d'Afrique de l'Ouest, la nation ibo, correspondant aujourd'hui au sud-est du Nigeria.
Chaque individu est désigné par son nom africain, transcrit selon une orthographe plus ou moins phonétique, suivi d'un prénom chrétien attribué à l'arrivée.
Ils restent en Martinique et ils sont affectés au service de l’administration royale.
Environ 30 % des hommes et 32 % des femmes sont décédés dans les huit mois suivant leur arrivée.
En moins de trois ans, leur nombre passe de 212 à 155 (dont 4 nouveau-nés), soit une perte de 48,6 %.
Les survivants et leurs enfants sont affranchis le 14.06.1838.
Plusieurs documents permettent de connaître précisément leur affectation et le détail de leur parcours se trouve dans leur fiche individuelle.
Les captifs africains
Parfait / Echaoula Eustache Parfait
Daly / Daline Elizabeth Rosine